Mobilité des visiteurs : décider avec quelques données bien choisies

Les événements, festivals et attractions touristiques mobilisent aujourd’hui de nombreuses données : billetteries, formulaires d’inscription, données de transport, sources ouvertes, comptages terrain, données territoriales. Lorsqu’il s’agit de décider — mettre en place une navette, améliorer l’accès sans voiture, réduire l’empreinte carbone des déplacements ou documenter les retombées locales — ces données restent difficiles à exploiter.

 

L’enjeu porte autant sur l’accès aux données que sur leur capacité à éclairer l’action.

 

Dans ce contexte, la Coop Carbone a contribué, dans le cadre du programme Virage durable propulsé par Événements Attractions Québec, à une démarche destinée aux festivals et événements touristiques. Elle vise à soutenir le passage de l’intuition à la décision, à partir de moyens accessibles, sans mobilisation d’une équipe spécialisée ni d’un budget important.

 

L’ensemble des guides et outils sont disponible dans la trousse de mobilité durable de l’EAQ

Partir de la décision, pas de la donnée

 

La démarche commence par la décision à prendre : « quelle décision voulons-nous éclairer ? » Cette inversion change beaucoup de choses. Lorsqu’une organisation part des données disponibles, elle risque rapidement de se perdre dans des fichiers incomplets, des formats différents ou des indicateurs difficiles à interpréter. À l’inverse, lorsqu’elle commence par formuler une décision précise, les besoins en données deviennent beaucoup plus ciblés.

Par exemple, la question « faut-il mettre une navette en place ? » mobilise un nombre limité d’informations : origine des visiteurs, modes de transport utilisés, offre de transport collectif depuis les zones de provenance.

Une décision opérationnelle peut ainsi s’appuyer sur un nombre restreint de données, dès lors qu’elles sont directement liées à l’usage.

 

Une méthode en cinq étapes

Le guide propose une méthode progressive en cinq étapes:

 

  1. Formuler la décision à éclairer : réduire les émissions liées aux déplacements, améliorer l’accessibilité sans voiture, dimensionner une navette, comprendre l’usage du stationnement ou documenter les retombées économiques.
  2. Repérer les données existantes. Les sources mobilisables incluent des données ouvertes, des informations détenues par des partenaires territoriaux, la billetterie ou des données issues d’éditions précédentes.
  3. Compléter par une collecte ciblée. Quelques variables ajoutées à un formulaire peuvent suffire : mode de transport, code postal, taille du groupe, accès à une voiture, dépenses sur place.
  4. Produire un indicateur directement lié à la décision. Il peut s’agir des émissions de GES par visiteur, de la part modale, du nombre estimé de véhicules, du potentiel de report ou des retombées locales.
  5. Partage des résultats avec les partenaires. Cette mise en commun alimente les comparaisons dans le temps, améliore les méthodes et constitue une base de référence commune.

Quatre outils pour rendre la démarche concrète

 

La démarche s’appuie sur quatre outils, chacun associé à un usage opérationnel.

  • Le premier documente des modalités de collecte et de traitement adaptées aux capacités des événements (formulaires, comptages, données ouvertes, traitements simples). Il permet d’organiser la production des données nécessaires.
  • Le deuxième recense des sources de données existantes. Il sert à situer les résultats dans leur contexte territorial et à compléter les informations disponibles.
  • Le troisième propose un formulaire de collecte dédié à la mobilité. Il vise à recueillir des informations essentielles auprès des visiteurs.
  • Le quatrième présente des indicateurs directement mobilisables pour la décision. Ils produisent des résultats lisibles et exploitables dans les échanges avec les partenaires.

Des indicateurs pour agir

 

Les indicateurs sont construits en lien direct avec des décisions opérationnelles.

 

Une décision = quelques données bien choisies.

On ne croise pas toutes les données, on croise les bonnes données.

 

 

  • Les émissions de GES par visiteur permettent d’estimer l’empreinte carbone des déplacements et de suivre son évolution d’une édition à l’autre.
  • Le potentiel de report modal volontaire aide à identifier les visiteurs qui pourraient venir autrement qu’en voiture, ou ceux pour qui l’accès à une alternative est essentiel.
  • La part modale et le nombre estimé de véhicules permettent de mieux comprendre les besoins en stationnement, en navette, en aménagement cyclable ou en information transport.
  • Les retombées locales par mode de transport permettent de documenter une question souvent sensible : les visiteurs venus en transport collectif, à vélo ou à pied contribuent-ils eux aussi à l’économie locale ?

Ces indicateurs ne prétendent pas tout expliquer. Ils donnent des ordres de grandeur, des tendances et des points d’appui pour décider.

 

Une approche compatible avec la protection des renseignements personnels

 

La démarche repose sur une idée importante : pour décider, il n’est généralement pas nécessaire de suivre des individus. Les organisations ont surtout besoin de tendances agrégées. La collecte peut ainsi rester limitée, avec une agrégation rapide des résultats. Les données produites éclairent des décisions collectives tout en respectant les principes de protection des renseignements personnels.

De la donnée à l’action collective

 

La mobilité des visiteurs dépend de plusieurs acteurs : événements, territoires, offre de transport, pratiques des visiteurs, partenaires touristiques, autorités locales. C’est pourquoi la mutualisation est essentielle. Lorsqu’un événement partage ses résultats avec ses partenaires, il crée les conditions d’un dialogue plus concret : faut-il ajuster l’information transport ? Tester une navette ? Mieux répartir les stationnements ? Améliorer les liens avec le réseau cyclable ? Cibler certaines zones d’origine ?

 

À l’échelle d’une destination, ces éléments soutiennent la planification de la mobilité événementielle, structurent les demandes de financement et documentent les effets d’une évolution des pratiques. La promesse de cette démarche est volontairement pragmatique : il n’est pas nécessaire d’attendre un système parfait pour commencer. Une question claire, quelques données bien choisies et un indicateur utile peuvent déjà permettre de prendre de meilleures décisions.

Pour en savoir plus, contactez Carole Philibien à cphilibien@coopcarbone.coop