Les solutions climatiques – Épisode 20 : une mobilité véritablement pour toutes et tous

À combien se chiffrent les handicaps physiques au Québec?
21 % de la population adulte du Québec déclarent avoir une incapacité.
33 % de la population adulte du Québec déclarent avoir des difficultés significatives et persistantes à réaliser des activités de la vie quotidienne.

Quand on parle de limitations fonctionnelles, il s’agit aussi des familles avec des poussettes, l’incapacité due aux accidents, le fait d’être une personne âgée, etc. Avec le vieillissement de la population, ces pourcentages vont augmenter. Bref, tout le monde est concerné.

Face à cet enjeu, nous parlons du projet Repenser la mobilité pour toutes et tous, mené par Coop Carbone. Il a été finaliste au Prix Guy Chartrand, ce concours organisé par Trajectoire Québec vise à récompenser les meilleures initiatives en mobilité durable au Québec.

Voici une discussion avec les membres de l’équipe du projet:

  • Bertrand Gervais, co-fondateur de Someware, en direct de France
  • Carole Philibien, architecte de solutions à Coop Carbone
  • Maya Salloum, anciennement chargée de projet Équité, diversité, inclusivité et accessibilité (EDIA) Coop Carbone

1. l’accessibilité et la mobilité intégrée : au-delà du déplacement

L’accessibilité, un enjeu collectif et universel

Nos 3 invité.e.s font une analyse approfondie des enjeux d’accessibilité et de mobilité intégrée, en s’appuyant sur le projet pilote mené dans le quartier Saint-Roch à Québec. À travers une comparaison avec la France et des recommandations concrètes, ils dessinent les contours d’une mobilité urbaine inclusive, essentielle à la fois pour la justice sociale et la transition écologique.

Ils reviennent sur les principaux enseignements de cet échange, en détaillant chaque recommandation et en proposant des pistes d’action concrètes pour les collectivités, les professionnels et les citoyens.

Chiffres clés : 21 % des adultes québécois déclarent une incapacité. 33 % rencontrent des difficultés persistantes dans les activités quotidiennes. Ces chiffres, en hausse avec le vieillissement de la population, montrent que l’accessibilité ne concerne pas que les personnes en situation de handicap, mais aussi les familles, les aînés, les personnes accidentées, etc.

Vision élargie : L’accessibilité universelle vise à garantir que chaque personne, quelle que soit sa capacité, puisse se déplacer de manière autonome et équivalente. Cela inclut :

        • Les infrastructures (trottoirs, abris-bus, rampes, ascenseurs)
        • Les services (information, billetterie, accompagnement)
        • Les outils numériques (applications de calcul d’itinéraires, signalétique)

Parcours complet : Un trajet accessible commence à la porte du domicile et se termine à la destination finale, en passant par tous les espaces publics et privés. Un seul obstacle peut rendre l’ensemble du parcours impraticable.

La mobilité intégrée : une vision systémique

Définition : La mobilité intégrée consiste à offrir une vue d’ensemble de toutes les options de déplacement (marche, vélo, bus, voiture, etc.), idéalement via des outils numériques.

Limites actuelles : Les calculateurs d’itinéraires (ex. Google Maps) ne prennent pas en compte les données d’accessibilité (état des trottoirs, présence de rampes, obstacles, etc.), ce qui exclut de fait de nombreux usagers.

Enjeu : Intégrer les données d’accessibilité dans ces outils est indispensable pour permettre à tous de planifier des trajets réellement réalisables.

2. Diagnostic du terrain : le cas de Saint-Roch et l’expérience française

Les obstacles concrets à l’accessibilité

  • Revêtements et mobilier urbain : Les plaques de béton des trottoirs à Québec vieillissent mal, créant des rebords difficiles à franchir. Le mobilier urbain (poteaux, poubelles) est souvent mal positionné, réduisant la largeur utile des trottoirs.
  • Traversées piétonnes : Les temps de traversée sont parfois trop courts pour les personnes à mobilité réduite.
  • Déneigement : En hiver, la neige et la glace constituent un défi majeur, souvent sous-estimé dans la planification.
  • Discontinuités : Trottoirs qui s’arrêtent brusquement, absence de rampes ou d’ascenseurs dans les bâtiments, etc.

L’apport de la France : réglementation et outils

  • Loi d’orientation des mobilités (LOM) : Depuis 2019, la France impose aux collectivités de réaliser des diagnostics d’accessibilité selon des normes précises, et d’intégrer ces données dans les calculateurs d’itinéraires.
  • Effets concrets :
    • Données homogènes et fiables pour tous les acteurs
    • Meilleure planification des trajets accessibles
    • Implication de tous les acteurs (villes, opérateurs, associations, usagers)
  • Transposabilité : Les outils et méthodes développés en France sont adaptables au contexte québécois, malgré quelques spécificités locales (climat, réglementation).

3. Recommandations et leviers d’action pour une mobilité accessible

1. Briser les silos : favoriser la collaboration intersectorielle

Constat : Les acteurs (ville, société de transport, propriétaires, citoyens) travaillent souvent en silo, ce qui crée des « oasis d’accessibilité » isolées, mais pas de parcours continu.
Action :

    • Mettre en place des comités de coordination réunissant tous les acteurs concernés
    • Impliquer les usagers dès la conception des projets
    • Partager les données et les diagnostics entre administrations, opérateurs et associations

2. Numériser et ouvrir les données d’accessibilité

Pourquoi ? : Sans données fiables, il est impossible de planifier ou d’améliorer l’accessibilité.
Comment ? :

  • Inventorier systématiquement les infrastructures (revêtements, rampes, obstacles, etc.)
  • Mettre à jour les données lors de chaque intervention (travaux, aménagements)
  • Rendre ces données accessibles en open data pour alimenter les applications de mobilité

Attention : La numérisation ne doit pas exclure les personnes vulnérables à la fracture numérique. Il faut maintenir des alternatives papier et un accompagnement humain.

3. Sensibiliser et responsabiliser la société civile

Constat : Les obstacles à l’accessibilité sont souvent invisibles pour les personnes valides (poubelle sur un trottoir, voiture mal stationnée, etc.).
Actions concrètes :

  • Campagnes de sensibilisation sur l’impact des petits gestes quotidiens
  • Encourager l’entraide (aider une personne à traverser, signaler un obstacle)
  • Valoriser les initiatives citoyennes et les retours d’expérience des usagers

4. Penser la mobilité de bout en bout

Vision globale : Le développement du transport public ne doit pas se limiter aux lignes et arrêts, mais intégrer la mobilité piétonne et l’accessibilité sur l’ensemble du parcours.
Recommandations :

  • Former les agents et les usagers à l’accessibilité
  • Adapter les infrastructures (temps de traversée, signalétique, abris-bus accessibles)
  • Prendre en compte la diversité des besoins (personnes âgées, familles, touristes, etc.)

5. Accompagner la transition numérique et sociale

Exemples inspirants :

  • Le programme SAMI du RTC à Québec, qui accompagne les usagers dans l’utilisation des outils numériques et des services de transport.
  • Les équipes mobiles d’information lors de la création de nouvelles pistes cyclables

Conseil : Outiller et accompagner les usagers dans la transition, en tenant compte des besoins spécifiques de chacun.

4. Accessibilité, mobilité durable et transition climatique : un cercle vertueux

Les bénéfices d’une mobilité accessible

  • Réduction de la dépendance à la voiture : En rendant la marche et les transports en commun accessibles à tous, on diminue l’usage de la voiture individuelle, donc les émissions de GES.
  • Amélioration de la qualité de vie : Une ville accessible est plus agréable, plus sûre et plus inclusive pour tous.
    Effet d’entraînement : Rendre un lieu accessible à la personne la plus vulnérable le rend accessible à tous.
    L’engagement citoyen, moteur du changement
  • Informer et former : Mieux s’informer sur les enjeux d’accessibilité permet de faire des choix de mobilité plus durables et d’influencer les politiques publiques.
  • Agir au quotidien : Chacun peut contribuer, par de petits gestes, à rendre la ville plus accessible et plus écologique.
    Influencer les décideurs : Les attentes exprimées par les citoyens orientent les priorités des élus et des administrations.

5. Conseils pratiques pour agir dès aujourd’hui

Pour les collectivités et professionnels

  • Réaliser un diagnostic d’accessibilité sur l’ensemble du territoire
  • Mettre en place une gouvernance partagée et des outils de suivi ouverts
  • Former les équipes à l’accessibilité universelle et à la gestion des données

Pour les citoyens

  • Prendre conscience des obstacles et signaler les problèmes d’accessibilité
  • Aider les personnes vulnérables dans l’espace public
  • Privilégier les modes de déplacement actifs et collectifs
  • Participer aux consultations publiques et faire entendre sa voix

Conclusion : Vers une ville inclusive et durable

L’expérience du projet pilote de Saint-Roch, enrichie par l’expertise française, montre que l’accessibilité et la mobilité intégrée sont des leviers puissants pour bâtir des villes plus justes, plus vivables et plus résilientes face aux défis climatiques. La clé réside dans la collaboration, l’ouverture des données, la sensibilisation et l’engagement de tous.

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Ce projet est financé par le ministère des Transports et de la Mobilité durable dans le cadre du programme d’aide MobilisActions.