Par Caroline Marie, directrice mobilité durable par intérim et responsable du programme logistique chez Coop Carbone
Les Rencontres francophones Transport Mobilité sont un rendez-vous annuel des chercheurs de langue française, de l’ingénierie à la sociologie du transport. L’édition 2024 était organisée à Bruxelles du 26 au 28 juin par le Centre Interuniversitaire d’Étude de la Mobilité (CIEM), une initiative collaborative entre les cinq grandes universités belges francophones : UCLouvain, ULB, ULiège, UMons et UNamur.
La problématique principale abordée lors des sessions consacrées à la logistique à vélo était de comprendre comment les contraintes urbaines, les réglementations et les initiatives locales influencent le développement et l’adoption de la cyclologistique dans différents contextes géographiques. Cette question est cruciale pour déterminer les meilleures pratiques et les stratégies efficaces à mettre en place pour favoriser des solutions de transport durable.
Dans le cadre de nos partenariats étroits avec le Centre Interuniversitaire de Recherche sur les Réseaux d’Entreprise, la Logistique et le Transport (CIRRELT), j’ai eu la chance de faire partie des praticiens venus présenter des expériences terrain et profiter en retour des éclairages sur les travaux en cours en France, Belgique, Suisse, Angleterre, etc.
J’ai ainsi ouvert la session consacrée à la logistique en présentant l’évolution du projet Colibri, du projet pilote d’espace de logistique urbaine de transbordement à sa pérennisation. Sur la base des résultats du projet pilote mené par Jalon Montréal à l’îlot Voyageur à Berri -UQAM, la Coop Carbone s’était donnée pour mission de passer à l’échelle le modèle et de l’opérer en situation réelle de marché, avec le soutien de la Ville de Montréal.
De fait, l’objectif de la Ville était de pouvoir s’appuyer sur un réseau de mini-hubs permettant d’opérer la livraison à vélo dans tout le centre de l’île, là où les densités sont les plus élevées. Malgré les subventions municipales et provinciales, le passage de la théorie à la pratique s’est trouvé plus ardu que prévu : enjeux de zonage, pénuries de vélos durant la pandémie, attentisme des transporteurs, coûts d’aménagement et d’entretien, etc.
En 2022, la Coop Carbone ouvrait ainsi son premier centre de microconsolidation urbaine, Colibri Iberville, un entrepôt de 10 000 pi2 subdivisé en 5 espaces logistiques fermés, offerts à la location. Deux ans plus tard, 3 de ces espaces sont occupés de manière permanente et 2 devaient encore trouver preneurs jusqu’à la fin du bail en 2027.
Les échanges avec les chercheurs ont confirmé notre analyse : sans contraintes, qu’elles soient liées à l’urbanisme (rues étroites par exemple), à la congestion ou à la réglementation, il est difficile de convaincre les entreprises de se mettre au vélo cargo. Tandis qu’en Europe, les cyclologisticiens sont majoritairement des petites entreprises lancées par des entrepreneurs militants, qui travaillent leur modèle d’affaire avec des clients convaincus de l’urgence de la transition, au Québec et au Canada, ce sont majoritairement des entreprises de livraison établies qui engagent la transition de leurs flottes et leurs opérations.
Certaines engagent des changements radicaux par conviction, mais la plupart n’engageront de changements que si elles mesurent l’intérêt pour leur entreprise à court et moyen terme. Par exemple, parce que leurs grands donneurs d’ordre leur demandent de changer, les gains opérationnels sont suffisamment intéressants pour intégrer des vélos dans leur flotte, ou parce qu’elles n’ont pas le choix pour pouvoir continuer à offrir le même niveau de service lorsque le zonage limite l’accès aux camions.
Ainsi, l’urbanisme, de par la configuration des rues ou la réglementation, a un effet direct sur le choix des véhicules de livraison. J’ai été frappée de voir durant mon séjour en Europe la généralisation des zones d’apaisement et de circulation à 30km/h en centres urbains, et ce, tant dans les grandes villes comme Bruxelles ou Paris que dans des villes moyennes de 100-150 000 habitants… et l’essor des vélos de toute sorte, tant pour les usages privés que pour les usages professionnels.
Malgré tout, la part de la cyclologistique reste encore infime dans la livraison urbaine (inférieure à 5%) et maintenir une activité rentable reste un effort de tous les instants. Pour autant, l’enjeu de l’espace logistique est crucial pour tous les modèles d’affaires. Il doit permettre l’acheminement des biens par camions et rapprocher le plus possible le vélo de ses destinations finales. Or, les espaces correspondant à ces critères sont souvent chers et risquent de contrebalancer les gains opérationnels du vélo.
On a vu qu’à Montréal, la réponse proposée, via l’initiative Colibri, a été de partager un espace industriel.
J’ai observé d’autres stratégies :
Dans tous ces cas de figure, les entreprises impliquées dans ces projets s’attachent à bien traiter les livreurs, qui sont payés à l’heure. Pour maintenir cet engagement social, les gains sont recherchés sur l’efficacité accrue des opérations :
Autant de points sur lesquels nous tâchons, à la Coop Carbone, d’apporter des outils et réponses pour faciliter le développement de la cyclologistique au Canada.
Pour en savoir plus sur nos projets et initiatives en mobilité, consultez les liens suivants :