Plus de 3 000 voyages de passagers et passagères vers des destinations nature du Québec ont été comptabilisés grâce au projet pilote La Nature sans voiture, déployé de juin à octobre 2025 dans les Laurentides, la Mauricie et la Capitale-Nationale, portée par le Réseau des centres d’expertise en mobilité (RCEM) et la Navette Nature. Cette initiative a combiné transport collectif et vélos à assistance électrique afin de rendre les espaces naturels plus accessibles, tout en réduisant la congestion routière et les émissions de gaz à effet de serre. Les résultats qu’a connu le projet pilote démontre qu’il est possible de repenser les déplacements touristiques de façon durable, inclusive et bénéfique pour les communautés locales.

Partout au Québec, l’engouement pour les activités de plein air continue de croître. Cette popularité s’accompagne toutefois de défis importants : stationnements surchargés, congestion routière aux abords des sites naturels, augmentation des émissions de GES et exclusion des personnes n’ayant pas accès à une voiture. Les destinations natures, souvent situées à l’extérieur des centres urbains ou en périphérie des coeurs villageois, demeurent difficiles d’accès pour une partie de la population.
C’est à partir de ce constat qu’est né le projet La Nature sans voiture. Son objectif était simple : offrir une alternative crédible à la voiture afin que davantage de citoyens, citoyennes et visiteurs puissent profiter des grands espaces naturels québécois.
Du 21 juin au 18 octobre 2025, des navettes ont desservi une vingtaine de destinations de plein air dans trois régions du Québec, notamment le Sentier des Cimes, le Parc national de la Mauricie, le Domaine Saint-Bernard, les Marais du Nord et le Parc de la forêt ancienne du Mont Wright.
L’une des particularités du projet réside dans l’intégration de différents modes de transport. Au-delà du simple déplacement en autobus, sept stations regroupant 36 vélos à assistance électrique ont été déployées en Mauricie et dans la Capitale-Nationale. Cette approche permettait aux visiteurs d’explorer davantage leur destination, ou encore de s’y rendre, et de découvrir les commerces, attraits touristiques et services situés à proximité.
Durant la saison, le projet a permis la création de nouveaux parcours vers des destinations nature tout en bonifiant certaines offres de transport collectif déjà en place.
Le projet a également misé sur l’utilisation d’infrastructures existantes et la collaboration avec des transporteurs régionaux afin d’optimiser les ressources déjà disponibles sur les territoires.
Cette complémentarité entre transport collectif et mobilité active représente un exemple concret d’intermodalité au service du tourisme durable. Elle illustre aussi comment les solutions de mobilité peuvent contribuer à prolonger l’expérience des touristes tout en soutenant l’économie locale et en augmentant l’offre de transport collectif et actif pour les populations locales.
Les résultats du projet sont éloquents.
L’objectif de départ était de transporter 2 520 passagers et passagères. Au terme de la saison, ce nombre était de 3 145. Soit près de 25 % de plus que l’objectif fixé.
Au-delà de l’achalandage, les retombées sociales apparaissent particulièrement significatives. Les sondages révèlent que 80 % des utilisateurs et utilisatrices des navettes n’avaient pas accès à un véhicule personnel. Pour ces personnes, la navette représentait bien davantage qu’une alternative à la voiture : elle constituait la seule façon réaliste d’accéder à plusieurs destinations de plein air.
Par ailleurs, 86 % des personnes sondées ont affirmées qu’elles n’auraient pas effectué leur déplacement sans cette offre de transport.
Un autre résultat marquant concerne la découverte du territoire. Près de 80 % des personnes ayant profité du projet ont visité une nouvelle destination grâce aux navettes, démontrant le potentiel de ce type d’initiative pour faire connaître des attraits parfois moins accessibles ou moins connus.
La réduction des émissions de gaz à effet de serre figurait parmi les principales ambitions du projet.
Selon l’analyse réalisée à la fin de la saison, l’utilisation des navettes aurait permis d’éviter l’émission d’environ 210 tonnes de CO₂ équivalent, comparativement à un scénario où l’ensemble des passagers auraient effectué leurs déplacements en voiture individuelle.
Ces résultats s’ajoutent à d’autres bénéfices environnementaux observés sur le terrain : diminution de la pression sur les stationnements, réduction du stationnement sauvage dans les espaces naturels et contribution à une meilleure gestion des flux touristiques.
Le projet intègre également une dimension de sensibilisation. Les participants ont été invités à adopter les principes du mouvement « Sans trace », favorisant des comportements respectueux de la faune, de la flore et des milieux naturels visités.
Les retombées dépassent largement les bénéfices environnementaux.
Dans plusieurs régions, les partenaires touristiques ont vu dans le projet une occasion de diversifier leur clientèle tout en réduisant certains effets négatifs associés à l’achalandage automobile. Les navettes ont permis d’accroître la fréquentation des attraits, de faciliter l’accès à des commerces locaux et de soutenir les entreprises touristiques sans augmenter la pression sur les infrastructures routières.
Le projet a également favorisé l’inclusion sociale. Au Parc de la forêt ancienne du Mont Wright, les gestionnaires ont observé que plusieurs nouveaux arrivants participaient pour la première fois à une sortie en nature depuis leur arrivée dans la région, voire au Québec.
Les données recueillies montrent aussi une forte participation des femmes, un groupe historiquement sous-représenté dans certaines activités de plein air. En offrant un mode de déplacement accessible, sécuritaire et structuré, la navette a contribué à lever plusieurs barrières associées à ces pratiques.
Fort des résultats obtenus lors du pilote, le projet continue d’évoluer. La MRC des Laurentides a déjà confirmé la poursuite de certains parcours, et l‘ajout de trajets hivernaux, jusqu’en 2027 sous la bannière Vibrez au km². Des discussions sont également en cours dans d’autres régions intéressées à adopter une formule similaire. Les prochaines étapes viseront notamment à développer davantage les forfaits combinant transport, hébergement et activités touristiques, à bonifier l’expérience numérique de réservation et à accroître l’utilisation des vélos à assistance électrique.
Le projet pilote a démontré qu’une autre façon de voyager est possible : une mobilité plus durable, plus inclusive et mieux adaptée aux réalités des territoires.
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Crédits photo : Navette Nature