COP30 – 10 ans après l’Accord de Paris, à quoi peut-on s’attendre?

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans quelques jours, nous prenons la direction de Belém, en plein cœur de l’Amazonie, pour représenter Coop Carbone et ses partenaires à la COP30. Pauline Robert, Directrice générale, et moi-même, seront sur place pour assister à cette édition toute particulière : dix ans après l’Accord de Paris, on pourrait vivre un changement de trajectoire pour la diplomatie climatique.

 

Optimisme et réalisme – jamais 2 sans 3

À l’aube de ma 3e COP (la 15e pour Coop Carbone), je suis partagé : je suis fier d’emmener les avancées du Québec à Belém, mais également lucide face aux grosses failles du système qui ralentissent la mise en œuvre. Entre désillusions internationales, blocages politiques et replis démocratiques, il faut quand même reconnaître qu’il y a de vraies victoires qui n’attendent qu’à être mises à l’échelle.

Oui, on voit des reculs et des contradictions, mais tout n’est pas aussi sombre que les médias le dépeignent parfois. Il y a aussi du mouvement : des initiatives locales qui prennent le relais, une société civile vive, des entreprises qui innovent et des coalitions prêtes à passer à l’échelle. L’Accord de Paris n’est pas parfait, mais il reste un cadre utile, bien défini et efficace dans le temps.

L’urgence, c’est de basculer des négos aux chantiers : projets concrets, financements bien ciblés et règles claires pour que ça marche sur le terrain.

 

Pour moi, la COP30 doit sortir de sa chambre d’écho et devenir un véritable tremplin vers l’action concrète.

 

Un emplacement qui soulève des questions légitimes

Bien que le choix du lieu des COP suscite des débats année après année, organiser l’édition 2025 au cœur de l’Amazonie a du sens à première vue : l’objectif est de remettre la forêt — souvent qualifiée, à tort ou à raison, de « poumon de la planète » — et le Sud global au centre des discussions.

Pourtant, au même moment, le président Lula autorise de nouvelles explorations pétrolières majeures. Cette contradiction illustre parfaitement la tension persistante entre ambitions climatiques internationales et réalités nationales ; rappelons d’ailleurs que les deux COP précédentes se sont elles aussi tenues dans des pays producteurs de pétrole.

Espérons que les lobbies pétroliers n’arriveront pas à tout faire dérailler à Belém comme ça a failli arriver à Dubaï. À la COP28, les négociations ont été ardues, mais les pays ont finalement adopté, pour la première fois, un texte final incluant un appel inédit à « la transition hors des énergies fossiles », après de nombreuses concessions et formulations de compromis — preuve que la pression et la négociation peuvent produire un résultat, même si le texte reste perfectible. Souhaitons que cette dynamique de mise en œuvre se traduise à Belém par des engagements concrets et non par de nouveaux détours verbaux.

 

On a besoin d’une COP tournée vers l’action

Dix ans après l’euphorie de Paris, le constat est clair : nous avons progressé, mais pas assez. L’objectif idéal de 1,5 °C a été largement dépassé. Même si nous sommes passés d’un scénario à +4 °C à des projections autour de +2,6–3,1 °C (si les engagements sont tenus), ce n’est pas suffisant pour garantir un avenir serein aux prochaines générations.

L’essentiel aujourd’hui : basculer des belles paroles aux chantiers concrets.

Transformer les CDN (Contribution Déterminée au niveau National) en feuilles de route opérationnelles, financer là où ça compte et produire des preuves tangibles d’avancées. Le Bilan mondial est un levier.

Utilisons‑le pour exiger des engagements plus ambitieux, mesurables et suivis.

 

Les États‑Unis, LE véritable joker de cette édition

Le manque d’implication apparent des États-Unis et leur retrait de certaines tables de négociations risque de faire pencher la balance … Et pas en faveur de l’engagement environnemental. L’absence de représentants américains de haut niveau à Belém envoie un signal fort : le retrait fédéral sous l’administration Trump fragilise la crédibilité, le financement et le momentum multilatéral. Concrètement, cela complique l’ambition collective et donne des munitions aux climatosceptiques.

Cela dit, tout n’est pas perdu côté américain : gouverneurs, maires, entreprises et ONG (initiative « America is All In ») restent mobilisés et peuvent compenser en partie le vide national.

L’action locale et infranationale a plus que jamais un rôle à jouer.

 

La Chine prendra-t-elle le relais ?

Plusieurs experts pensent que si Washington se désengage, la Chine pourrait prendre une place plus visible autour de la table. Pékin dispose des moyens industriels, financiers et diplomatiques pour se poser en champion d’une transition « responsable » : marchés carbone, financement d’infrastructures bas‑carbone, technologies à grande échelle. Ce basculement poserait des enjeux géopolitiques et éthiques, mais il pourrait aussi recentrer l’action sur le pragmatisme et la mise en œuvre.

 

La jungle des négos – et le potentiel des rencontres bilatérales

La COP, c’est la jungle des négos : cette année, plus de 140 sessions parallèles, près de 200 pays à faire converger. Le système est ultra‑démocratique, donc fragmenté et fragile : coalitions, conditions multiples, nuits blanches de négociations… Pendant ce temps, crises géopolitiques et pressions économiques peuvent reléguer le climat au second plan.

 

Système à 2 vitesses

À mon sens, les COP ont un système à deux vitesses à la COP : d’un côté les négos officielles, lourdes, lentes, mais essentielles, qui se déroulent jours et nuits dans les grandes salles plénières, et de l’autre les rencontres bilatérales et sectorielles — souvent dans la « zone bleue » ou en marge — où ça bouge à une vitesse folle.

C’est là qu’on signe des accords concrets, qu’on ajuste les chaînes d’approvisionnement bas‑carbone, qu’on s’inspire de nos pairs et qu’on lance des projets qui peuvent être déployés rapidement. Ces 2 leviers sont essentiels : il faut garder la pression sur les négociations formelles tout en multipliant ces rencontres ciblées pour verrouiller des partenariats opérationnels et décarboner, enfin, les gros secteurs industriels.

 

Trois scénarios possibles pour Belém

La COP30 à Belém peut emprunter des trajectoires très contrastées — porteuses d’espoir ou de déceptions. Selon des experts comme Hugo Séguin, conseiller principal chez Copticom, trois scénarios se dessinent, chacun avec des implications concrètes sur le terrain :

Pelleter en avant

Beaucoup de mots, peu d’actes : rapports et déclarations s’accumulent, les vraies décisions sont renvoyées à la prochaine COP.

Coalitions volontaires

Des groupes d’États et d’acteurs non étatiques avancent ensemble sans accord global : utile pour l’action rapide, mais risque de creuser les inégalités Nord/Sud si le financement et l’équité ne suivent pas.

Leadership chinois

La Chine prend plus de place et pousse des solutions pragmatiques et technologiques : cela peut accélérer la mise en œuvre, mais pose des questions géopolitiques et d’alignement des priorités.

Chaque scénario a ses faiblesses et ses opportunités.

 

Les secteurs de veilles internationales de Coop Carbone

Sur le terrain, moi et la directrice générale de Coop Carbone surveillerons plus précisément certains secteurs clés de la transition climatique mondiale :

  • Marchés du carbone
  • Secteur manufacturier
  • Industrie agroalimentaire
  • Économie circulaire
  • Intelligence artificielle
  • Logistique urbaine
  • Innovation municipale
  • Mouvement coopératif mondial

Si un de ces sujets vous interpelle, écrivez‑moi ou suivez-moi sur LinkedIn — nous aurons surement beaucoup de choses à se jaser à mon retour. 😉

En terminant, malgré l’ampleur des défis, sachez que j’arrive à chaque COP avec la même philosophie : donner une chance à cette COP et voir ce qu’elle a réellement dans le ventre !

Nicola Potvin
Directeur des partenariats
Coop Carbone
npotvin@coopcarbone.coop